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14/10/2016 Source: Yonhap

Loi anti-corruption: la confusion règne

Le Premier ministre Hwang Kyo-ahn recadre la Commission de lutte anti-corruption et de défense des droits civiques (ACRC). Visiblement la loi en vigueur depuis le 28 septembre sème le trouble et beaucoup reproche ne pas savoir quand la loi s’applique. Le ministre coréen reconnaît que la communication et la campagne d’information sont insuffisantes. Le nouvelle loi Kim Young-ran (du nom de son auteur), qui vise à limiter la corruption dans le secteur public, concerne près de quatre millions de personnes.



«Il y a des controverses pour savoir si tel ou tel acte viole la loi ou non. Bien que l’ACRC fasse des efforts, l’éducation et la campagne d’information sont insuffisantes», a ajouté Hwang.

La Corée espère enfin pouvoir combattre durablement la corruption, qui mine le pays depuis de nombreuses années. Les actifs du service public, la presse et les professeurs sont la cible du gouvernement, qui souhaite une société plus transparente. Désormais il est interdit d’offrir un repas dépassant 30.000 wons (27 dollars), un cadeau supérieur à 50.000wons ou une enveloppe d’une somme au dessus de 100.000 wons.

Loi anti-corruption : le Premier ministre corée Hwang Kyo-ahn


28/09/2016

Le texte de loi anti-corruption pourrait bien affaiblir une économie coréenne déjà fragile

Tout a commencé il y a deux ans, quand le ferry Sewol sombra de manière suspecte, entraînant la mort de 300 personnes. Le climat soupçonneux envers les pouvoirs politiques, accusés de manipuler les médias et les informations, s’est soudainement aggravé à l’occasion de cet incident et la disparition d’un grand nombre de lycéens a choqué l’opinion publique.

Espérant éteindre le mécontentement national, la ministre de la « commission de lutte contre la corruption » Kim Young-ran, alors en poste à l’époque, avait réagi en promettant une loi stricte et sévère pour lutter contre la corruption. Elle entrera en vigueur dès le mois de septembre, dans un contexte politique tendu, avec une présidente fragilisée par les dernières élections  et une économie coréenne au ralentie. La loi « Kim Young-ran », qui porte donc le nom de son initiatrice, promet de changer les mentalités, afin que l’économie coréenne ne soit plus gangrenée par les nombreuses pratiques douteuses.

anti-corruption Kim Young-ran

Kim Young-ran, l’ancienne chef de la “Commission de lutte anti-corruption et de défense des droits civiques”.

Tout le monde est concerné

Les fonctionnaires, les journalistes et les enseignants sont particulièrement visés, ils ne pourront par exemple plus accepter des repas dépassants 30 000 Wons (23€), des cadeaux de plus de 50 000 wons, sous peine d’amendes. Pour les présents supérieurs au million de wons (750€), une condamnation de prison pourra être prononcée.

Les experts du “Korea Economic Research institute” (KERI) ont tenté de mesurer l’impact de cette nouvelle loi sur l’économie du pays. Les clubs de golf, par exemple, sont des sites particulièrement exposés, car il est très courant que des affaires se signent sur les greens. Rien que dans ce secteur, la perte devrait atteindre, voire dépasser, le milliard de wons.

Les domaines d’activités touchés par cette réforme sont en fait très nombreux : les fleuristes, les grands magasins, les restaurateurs, mais aussi des secteurs plus ciblés comme celui des fruits d’exceptions, les éleveurs de « hanu » (les vaches coréennes)…Finalement tous les produit à forte valeur ajoutée.

Indirectement, cette loi pénalisera les créateurs, producteurs, vendeurs de produits qui sortent de l’ordinaire, toutes ces petites activités qui font la richesse et la culture d’un pays si foisonnante en Corée.

Le préjudice global pour l’économie coréenne s’élèvera à environ 10 milliards de dollars dès l’an prochain.

L’origine de la corruption

Nous ne vanterons jamais assez le modèle économique coréen qui a métamorphosé le pays, le propulsant parmi les 15 premières puissances mondiales. Un essor dû à la mise en place d’industries lourdes, entre 1973 et 1980, qui lui ont permis d’exporter en masse dans de nombreux secteurs comme l’électronique, l’automobile (une voiture sur dix dans le monde est coréenne), la construction navale (leader mondial)…

Un modèle basé sur des conglomérats d’entreprises appelés « chaebols »

Si techniquement et économiquement cette structure industrielle a clairement apporté richesse et développement, le « chaebol » fait aujourd’hui l’objet de nombreuses critiques : il étouffe et empêche la croissance des petites entreprises et utilise surtout la corruption à grande échelle.

Les politiques sont au cœur de cette grande mascarade, ils reçoivent les pots de vin des grands patrons et facilitent le développement de l’industriel. Il n’est même pas rare qu’une loi soit créée spécialement pour contenter un des « chaebol ».

Le récent scandale de la tour « Lotte Super Tower 123 » en est l’exemple type : le chantier fût interrompu pendant près de 5 ans à cause d’une loi limitant la hauteur des bâtiments à proximité de l’aéroport, jusqu’au jour ou l’interdiction a été miraculeusement levée.

anti-corruption Kim Young-ran

D’après les estimations, la Corée occuperait la 47ème place, sur 177 pays, en termes de perception de la corruption, mais tiendrait une des premières places dans les pays de l’OCDE.

L’image de la Corée à l’international dépendra de sa capacité à renier des habitudes bien ancrées dans la mentalité coréenne, une corruption dont les racines emprisonnent la société.

En se débarrassant de ses racines empoisonnées, le Pays du Matin Calme ne risque-t-il pas de couper les vivres à son miracle économique et de perdre sa place de grande puissance ? Seul l’avenir nous le dira.

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